Transformez vos excuses en actions : le guide « faites ce que vous pouvez »

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Beaucoup de gens vivent dans une insatisfaction perpétuelle face à l’état du monde.

Ces gens estiment que les vertus comme l’intégrité et le courage sont rares, que la politique est un cirque embarrassant et que la société se détériore davantage qu’elle ne s’améliore. Par conséquent, ils se sentent impuissants à faire quoi que ce soit.

Ces gens disent qu’ils sont trop jeunes ou trop occupés pour accomplir quelque chose d’important, qu’ils n’ont aucun talent à exploiter ou que rien de ce qu’ils pourraient faire ne ferait une différence de toute façon.

Un homme, un garçon en fait, est particulièrement bien placé pour écraser les excuses finalement vides que nous donnons tous pour ne pas agir. Jacques Lusseyran est un héros peu connu du mouvement de la Résistance française de la Seconde Guerre mondiale.

À l’âge de huit ans, Jacques a perdu la vue. Après être tombé sur le coin du bureau d’un professeur à l’école, l’un des bras de ses lunettes a perforé son œil droit. Son œil gauche a alors souffert d’une inflammation sympathique et tous les deux sont restés complètement aveugles.

En 1941, alors qu’il n’avait que 16 ans, Jacques créa un groupe de résistance : les Volontaires de la Liberté. Le groupe, qui comptait alors 600 membres, s’est plus tard joint à un autre groupe de résistance plus important : Défense de la France (DF). Jacques a siégé au comité exécutif et au comité de rédaction de l’organisation et a utilisé la petite armée de jeunes hommes qu’il avait constituée pour distribuer le propre journal du DF et augmenter son tirage à un quart de million.

Même lorsqu’il a finalement été arrêté et détenu au camp de concentration de Buchenwald, Jacques a continué à résister aux Allemands et à aider ses semblables, créant ainsi une nouvelle organisation de presse secrète afin de remonter le moral et d’encourager les espoirs de ses codétenus. À chaque tournant, il aurait pu trouver des excuses parfaitement sensées pour s’asseoir sur ses mains et ne rien faire en se disant : « Je suis aveugle ! », « J’ai seulement 16 ans ! » ou « Je vis dans un pays occupé ! » Au lieu de cela, il a toujours cherché un moyen d’agir.

Ainsi, inspiré de la vie de Jacques, je vais énumérer, une à une, les excuses que les gens expriment couramment tout en donnant les principes d’action par lesquels ces excuses devraient être remplacées.

Excuse n° 1 :  j’ai une idée, mais je ne sais pas encore comment l’exécuter

Lorsque Charles de Gaulle, chef de file des Français libres, a appelé ses compatriotes à continuer à résister moralement et physiquement à l’occupation allemande, Jacques savait « sans l’ombre d’un doute » qu’il voulait se battre pour « les choses dans nos têtes et nos cœurs que nous appelons la liberté. » Aveugle des deux yeux, Jacques savait qu’il ne pourrait pas devenir soldat ou prendre les armes et ne savait pas exactement quand et comment il pourrait contribuer au mouvement de la Résistance. Cependant, il était sûr de trouver un moyen de faire quelque chose. Comme il l’a dit à un ami : « Je vais faire la guerre. Je ne sais pas comment, mais je vais y arriver. »

Jacques a d’abord annoncé à ses deux meilleurs amis son désir de résister à l’occupation. Il a ensuite contacté dix autres personnes, leur donnant juste quelques détails sur ce qu’il pensait faire. Ils l’ont tous encouragé à avancer sur l’idée et il s’est senti un peu paniqué sous la pression : « De quelle action étais-je capable, aveugle comme j’étais ? Pourtant, c’était de moi qu’ils attendaient tous. »

Jacques a donc fait un autre pas en convoquant une réunion préliminaire. Il s’attendait à ce que seuls les douze amis qu’il avait contactés soient présents. Au lieu de cela, cinquante-deux de ses camarades de classe se sont présentés.

Ils se rassemblèrent autour de Jacques et se turent. Tous les yeux étaient rivés sur lui. À ce moment-là, se souvient Jacques, « un éclat inhabituel remplit ma tête et mon cœur cessa de battre hors du rythme. Tout à coup, j’ai commencé à comprendre tout ce que je cherchais et ne trouvais pas ces dernières semaines. »

Ses paroles lui sont venues pendant qu’il parlait. Il a parlé à ses nouveaux camarades de ce que signifiait rejoindre le mouvement de résistance, de la nécessité du secret absolu et du silence et de la façon dont ils commenceraient lentement pendant les six prochains mois, construisant de petites cellules de résistances, une à la fois.

En ouvrant simplement la bouche, l’adolescent de 16 ans avait mis les roues en mouvement. Il n’y avait pas de retour en arrière, même s’il ne savait toujours pas exactement comment procéder et ce qui l’attendait. Étant un mouvement clandestin : « il ne pouvait être question d’obtenir des conseils d’experts ni de politiciens, d’officiers, de journalistes, ni même de nos parents. » Les jeunes hommes devraient tout comprendre par eux-mêmes.

Le mouvement a pris forme au fur et à mesure que Jacques agissait. Il n’aurait d’ailleurs jamais décollé s’il avait essayé de régler tous les détails avant de commencer.

Principe 1 : Vous n’avez pas besoin d’un plan parfait pour commencer à agir. Faites un premier pas en fonction de ce que vous savez et des plans émergeront au fur et à mesure que vous agissez.

Excuse n° 2 : je n’ai pas de dons, de talents ou de capacités qui seraient utiles

Quand Jacques a perdu la vue, il a constaté que ses autres sens se sont intensément aiguisés, ou plutôt, comme il l’a dit, que ce n’était pas tant que ses sens étaient exacerbés, mais qu’il a simplement commencé à « mieux les utiliser ». Son odorat est devenu animal, au point qu’il pouvait détecter la confiance ou le stress des gens simplement par l’odeur. Son sens du toucher est devenu si surhumainement sensible qu’il a complètement changé sa vision de l’univers créé.

Le son est devenu une source d’information particulièrement importante pour lui et il était étonné de voir à quel point il lui avait manqué avant de perdre la vue :

« Même avant mon accident, j’adorais le son, mais maintenant il semble clair que je ne l’écoutais pas…

C’était comme si les sons des jours précédents n’étaient qu’à moitié réels, trop loin de moi et entendus à travers un brouillard… mon accident m’avait jeté la tête contre le cœur bourdonnant des choses, et le cœur ne s’arrêtait jamais de battre. »

Jacques a travaillé de manière proactive pour affiner son audition, se réjouissant des mille petites nuances qu’il a appris à découvrir dans ce qui n’était auparavant qu’un simple bruit. Il pouvait utiliser le bruit des planchers qui craquaient pour mesurer les dimensions d’une pièce. Il pouvait dire où il y avait un renfoncement dans un mur ou une fissure dans une fenêtre et si une porte avait été poussée par une main humaine ou par le vent.

Jacques a appris à lire « la voix des gens comme un livre ». Il a constaté que s’il laissait les voix à l’intérieur de lui, leur permettant de vraiment vibrer dans sa tête et sa poitrine, elles révéleraient infailliblement le caractère de la personne devant lui : « Nos appétits, nos humeurs, nos vices secrets, même nos pensées les mieux gardées se sont traduits dans nos voix », a-t-il observé. Jacques a découvert que les mots et la voix d’une personne pouvaient dire deux choses différentes et que la voix ne trompait jamais.

Dans l’ensemble, si la cécité de Jacques était un handicap d’une certaine manière, elle a également développé en lui de nouvelles compétences, lui permettant d’avoir en sa possession une certaine intuition pénétrante sur les gens et sur son environnement.

Si Jacques s’était concentré uniquement sur les compétences d’un voyant, il n’aurait pas tiré parti de toutes ces compétences développées en étant non-voyant.

Principe 2 : Vous pourriez penser que vous n’avez pas de talent, mais c’est probablement parce que vous vous concentrez sur les qualités visibles ou connues. Chacun d’entre nous a quelque chose en lui qu’il peut développer en changeant les règles du jeu.

Excuse n° 3 : je suis trop jeune

Lorsque Jacques a lancé les Volontaires de la Liberté, il n’avait que 16 ans. Pourtant, si la jeunesse du groupe n’a pas simplifié toutes leurs opérations, elle a rendu certaines d’entre elles possibles.

« Jeunes comme nous étions, nous pourrions facilement aller partout, faire semblant de jouer à des jeux, ou faire des bavardages stupides, flâner en sifflant les mains dans nos poches à l’extérieur des usines ou des convois allemands, traîner dans les cuisines et sur les trottoirs, grimper sur les murs. Tout serait de notre côté…

Les Volontaires de la Liberté allaient construire un réseau d’information, non pas une organisation d’agents professionnels, mais quelque chose de mieux, une organisation d’agents dévoués et presque invisibles parce qu’ils ressemblaient à des jeunes innocents. »

Faire partie de la résistance était incroyablement dangereux et exigeait de mettre sa vie en jeu. Jacques a observé que la plupart d’entre eux avaient moins de 30 ans. Quant aux hommes de plus de 30 ans, ils étaient beaucoup plus réticents.

« Les hommes de plus de 30 ans autour de nous avaient peur : pour leurs femmes et leurs enfants, c’était de vraies raisons; mais aussi pour leurs possessions, leur position, et c’est ce qui nous a mis en colère; surtout pour leur vie, à laquelle ils s’accrochaient bien plus que nous à la nôtre. Nous étions moins effrayés qu’eux. »

Cette jeunesse leur a également permis de savourer les dangers et les difficultés : « Même dans les difficultés de la vie, nous avons trouvé la joie de vivre qui nous a donné de la force », a-t-il déclaré. À cet âge, nous sommes pleins de passion et de courage : deux éléments cruciaux qui manquent aux adultes pour surmonter la peur du risque.

Principe 3 : La différence peut être faite à tout âge et souvent la jeunesse n’est pas une faiblesse pour une cause, mais plutôt une force.

Excuse 4 : je suis trop occupé

Tout en agissant en tant que leader du mouvement de résistance français, Jacques était également un étudiant à temps plein, d’abord au lycée puis à l’université. Il avait deux passions et deux objectifs pendant cette période : combattre les nazis et être admis à l’École normale supérieure, une institution d’élite de l’enseignement supérieur qui avait un processus de sélection extrêmement compétitif.

Jacques a travaillé dur pour bien gérer les deux tâches, même si cela signifiait aller à toute vapeur pendant deux ans :

« J’avais mis un point d’honneur à mettre en place un équilibre entre mes deux vies, le public et le secret. Mes journées oscillaient entre études et action à un rythme effrayant. Le matin, entre quatre heures et sept heures, j’ai parcouru des livres deux ou trois pas à la fois. De huit heures à midi, j’ai écouté les professeurs, pris des notes frénétiques et essayé d’absorber les connaissances aussi vite qu’elles étaient diffusées. L’après-midi, de deux heures à quatre heures, j’étais toujours en classe. Puis, à quatre heures, la Résistance commença.

 Il y a eu des voyages à travers Paris par des itinéraires aménagés à l’avance pour plus de sécurité, des rencontres, des sondages, des jugements, des discussions, des ordres à donner, des inquiétudes, une remise sur la route des douteux, un encadrement des groupes fondateurs, des appels au calme à penser que la Résistance était comme un roman policier, des délibérations sur les articles du bulletin, un tamisage des nouvelles et du temps perdu dans le genre de convocation qui ne pouvait être faite ni par lettre à cause de la censure ni par téléphone à cause des lignes écoutées. À ce moment-là, il était déjà onze heures du soir et je crois que je ne me suis arrêté qu’à cause du couvre-feu. 

Seul dans ma chambre, je me replongeais dans mes études et continuais à apprendre jusqu’à ce que mes doigts se raidissent dans les pages de Braille. Puisque mon intérêt pour la vie et ma confiance en elle étaient sans bornes, tout me paraissait aussi important la dixième fois que je l’ai rencontrée que la première. Cela m’a donné un enthousiasme qui m’a permis de traverser la fatigue sans la ressentir. »

Vous ne pouvez donc pas prétendre que vous êtes occupé pour ne pas accomplir quelque chose qui vous tient à cœur.

Principe 4 : si c’est vraiment important pour vous, vous trouverez le temps de le faire.

[…]

L’une des convictions fondamentales qui ont motivé Jacques à devenir un leader de la Résistance malgré son âge et sa cécité s’est formée dans les mois qui ont suivi sa perte de vue.

C’était une époque où il apprenait à utiliser ses autres sens à un autre niveau.

Obligé de connaître le monde avec tact, il fit une découverte surprenante : le monde inanimé n’était ni mort ni inerte. Même les pierres, atteste-t-il, ont une sorte de vibration. De plus, ses doigts semblaient avoir une vibration qui leur était propre. Plus il harmonisait ces vibrations respectives, plus il pouvait reconnaître facilement et rapidement un objet. La découverte de ces vibrations a radicalement changé la façon dont il voyait la matière créée et a transformé sa façon d’aborder la vie :

« Étant aveugle, je pensais que j’allais devoir sortir pour rencontrer des choses, mais j’ai découvert qu’elles venaient à ma rencontre à la place. Je n’ai jamais eu à faire plus que la moitié du chemin. L’univers est devenu le complice de tous mes souhaits. »

Si faire une différence implique seulement de progresser à mi-chemin vers notre vision et nos objectifs, quelle excuse pourrions-nous avoir pour ne pas agir ?

Notes

Source des citationsEt la lumière fût de Jacques Lusseyran

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