Comment arrêter de procrastiner ?

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Certaines personnes vous diront que la procrastination n’existe pas, d’autres diront qu’ils n’y croient pas. Sachez que c’est humain. Chacun d’entre nous l’a vécu à un moment donné dans sa vie, mais tout le monde pense qu’il devrait le nier.

Quant à moi, cela fait maintenant deux jours que je tergiverse en essayant d’écrire un article sur la procrastination. Chaque fois que je me mettais devant mon écran voulant écrire un contenu intéressant, une certaine fatigue commençait à s’emparer de mon esprit me faisant croire qu’il était temps de prendre une nouvelle pause ou que de toute façon je finirais par effacer tout ce que j’écrirais parce que ça semblait être de la merde. Je me suis donc retrouvé à faire des choses qui n’en valaient pas la peine. J’ai également fait cette chose où je ferme YouTube, j’ouvre un nouvel onglet et je retape instinctivement YouTube.

Que s’est-il réellement passé ?

Eh bien, juste avant de me retrouver en train de regarder des vidéos drôles de chats sur YouTube, ma conscience m’a proposé deux choix.

Le premier se base sur les sentiments désagréables qui pourraient m’empêcher d’écrire cet article. Il pourrait s’agir de la fatigue mentale, du manque de sommeil, de l’incertitude quant à la qualité de l’article, de l’utilisation de termes inadéquats qui attiseront la colère de certains soi-disant défenseurs de la langue française, etc.

Le deuxième choix, contrairement au premier, représente tous les sentiments agréables qui pourraient me pousser à écrire les quelques lignes de cet article. Cela pourrait être le fait de ressentir un accomplissement personnel à l’achèvement de ce dernier, de recevoir des témoignages positifs des personnes qui l’ont trouvé utile, de ressentir le plaisir d’écrire des articles décontractants, etc.

Comme vous l’aurez constaté dans mon cas, les sentiments désagréables avaient pris le dessus. Au lieu de poser mon gros cul et d’être productif, je me suis mis à défiler des statuts Facebook, puis à regarder des vidéos YouTube, puis à chercher pendant deux heures une photo d’un gars cravaté en train de ronfler sur son lit pour un article dont j’ai à peine écrit une phrase.

Cette simple mise en évidence peut expliquer pourquoi nous ne faisons que tergiverser sur des choses qui nous importent vraiment. Nous essayons d’éviter les sentiments désagréables pour finalement nous retrouver avec un tas de tâches à faire. Ce n’est que lorsque la merde commence à sentir très fort ou lorsqu’il devient douloureux de ne pas faire la tâche que le connard a finalement terminé d’écrire son article.

Ceci dit, il existe tout de même plusieurs raisons qui peuvent être à l’origine de nos habitudes de procrastinateurs. L’autre soir, en comptant les poils autour de mon nombril, j’ai pris la peine d’en dénombrer quatre.

La première raison concerne l’objectif que nous souhaitons atteindre.

Quand vous vous fixez comme objectif de faire de l’exercice physique, ne soyez pas étonné de constater 30 minutes plus tard que vous êtes toujours à la case départ en train de vous répéter les mêmes phrases qu’au début. Un objectif trop vague et complexe pourrait être une des causes pour lesquelles vous tergiversez dans quelque chose qui compte réellement pour vous.

Il est également possible de tergiverser si vous estimez qu’il est peu probable d’atteindre l’objectif que vous vous êtes fixé. Une personne qui court à peine 15 minutes et qui se fixe une heure au premier entraînement va potentiellement reporter son entraînement pour un prochain lendemain.

La deuxième raison derrière la procrastination concerne l’incohérence temporelle.

La plupart du temps, quand on se fixe de grands objectifs comme perdre du poids, être millionnaire ou créer le prochain Facebook, on se fixe des objectifs dont les résultats prendront du temps avant de se manifester.

Étant donné que nous devons agir dans le présent pour bâtir notre futur, nous priorisons les activités qui nous apportent des satisfactions à court terme au détriment de celles qui prendront du temps à se manifester. Cela crée constamment une contradiction avec notre état émotionnel, car nous voulons perdre du poids dans le temps, mais nous voulons aussi une bonne glace au chocolat dans l’immédiat. C’est ce que les psychologues appellent l’incohérence temporelle.

Nous savons tous qu’il faut manger sainement pour éviter d’être en surpoids et de contracter le diabète ou d’autres maladies cardiovasculaires. Or, puisque les conséquences négatives prendront des années avant de se manifester, peu d’entre nous échangeront leur burger pour un plat de salade.

La troisième raison derrière une vie paresseuse repose sur notre optimisme face à l’avenir.

On pense souvent qu’on a assez de temps, d’argent et de capacités pour réaliser la tâche que l’on souhaite accomplir.

Par exemple, un étudiant peut décider de reporter le début d’un travail, car il estime qu’il aura suffisamment de temps pour le faire plus tard. De même, un écrivain peut décider de reporter le début de l’écriture de son article, car il estime qu’il est assez intelligent pour le réaliser quand il le voudra.

Dans de nombreux cas, nous sous-estimons le temps et les capacités que la tâche nécessitera pour être réalisée. Quand nous nous retrouvons finalement face à la tâche à réaliser, nous décidons de la reporter au lendemain parce que nous avons du mal à démarrer cette même tâche que nous avons sous-estimée auparavant. 🤷

La quatrième raison que peut avoir un procrastinateur concerne l’échec, l’autohandicap et l’autosabotage.

Quand on a peur d’échouer dans les tâches que l’on doit accomplir, on a tendance à tergiverser. Cette même peur nous pousse alors à utiliser la procrastination comme une barrière. Ainsi, en cas d’échec, ce dernier pourra être attribué à nos habitudes de procrastinateur plutôt qu’à nos capacités à accomplir la tâche. [2]

Par exemple, plutôt que d’étudier pour un test, un étudiant peut tergiverser, car il préfère savoir qu’il a échoué en raison de sa procrastination, plutôt que de savoir qu’il a échoué parce qu’il n’a pas bien compris le cours en question.

Ce même étudiant peut s’empêcher d’étudier, car il estime qu’il n’est pas assez bon pour mériter un “A” et que sa vie se résume à baiser toute la semaine.

[…]

Quand on observe de près ces quatre raisons qui peuvent nous pousser à tergiverser, on peut constater qu’elles ont une chose en commun : notre identité.

Plus un élément menace notre identité, plus on a tendance à l’éviter. Plus on sent que quelque chose met en jeu nos croyances et la façon dont on se perçoit, plus on évitera de le faire. Les psychologues appellent cela l’autovérification. Elle s’applique dans les bonnes comme dans les mauvaises situations de votre vie.

Par exemple, devenir une vedette célèbre peut menacer votre identité tout comme perdre votre emploi. Faire un million de dollars peut menacer votre identité tout comme perdre tous vos revenus. Cela explique pourquoi les gens ont peur du succès tout comme de l’échec.

Vous évitez d’aller à la salle de sport parce que cela remettrait en question votre identité d’homme paresseux. Vous évitez de dire à votre mari d’être plus viril, car cela remettrait en question votre identité de bonne femme morale. Vous évitez de dire à votre ami d’aller voir ailleurs parce que cela remettrait en question votre identité de personne agréable.

Beaucoup de vos importantes décisions se voient alors ignorées, car elles menacent votre façon de vous voir et de vous sentir.

Que faut-il alors pour la surmonter ?

Avant d’aborder l’astuce qui vous permettra de résoudre cette équation, laissez-moi vous rappeler quelques techniques typiques que la plupart des gens utilisent pour vaincre la procrastination.

La première technique consiste à créer une « situation inévitable ».

Fondamentalement, cela consiste à créer une situation où il est plus difficile de ne pas faire une tâche que de la faire.

Par exemple, si vous souhaitez perdre du poids, la création d’une situation inévitable consiste à acheter 800 $ de formation personnelle et à planifier des cours pour les huit prochaines semaines. Maintenant, la douleur de perdre 800 $ et de ne pas se présenter à la salle l’emportera sur la douleur de porter ses vêtements de sport et d’aller au gymnase.

La deuxième technique consiste à rendre les conséquences de la procrastination plus immédiates.

Par exemple, le fait de manquer une séance d’entraînement pendant que vous vous entraînez à la maison n’aura pas d’impacts immédiats dans votre vie. Vous ne ressentirez l’effet qu’après des semaines et des mois de comportements paresseux. Cependant, si vous vous engagez à travailler avec un ami sérieux à sept heures du matin lundi prochain, le coût de manquer votre séance d’entraînement devient plus immédiat, car la manquer vous fera sentir comme un imbécile.

La troisième technique consiste à accomplir quelque chose, même minime. Il s’agit de commencer à faire le composant le plus simple de la tâche que vous souhaitez réaliser.

Par exemple, si vous souhaitez faire une séance de sport, dites-vous simplement que vous allez enfiler vos vêtements de sport et ne vous imaginez pas en train de courir sur le tapis roulant. Une fois enfilés, vous vous sentirez comme un débile si jamais vous déciderez de ne pas vous entraîner. Ce sentiment vous poussera alors à continuer dans votre lancée.

Quand j’ai voulu écrire cet article, je me suis seulement dit que j’allais écrire la première phrase. Étrangement, après avoir commencé, 30 autres phrases ont suivi.

La quatrième technique consiste à concevoir vos futures actions. Il s’agit entre autres de rendre votre environnement aussi propice à l’action que possible.

Par exemple, si vous avez l’habitude de passer du temps devant la télévision pendant que vous avez une entreprise à mettre en place, vous pouvez simplement prendre votre téléviseur et le placer délicatement dans un placard loin de vous. Vous pouvez également remplacer tout ce qui se trouve dans votre réfrigérateur par des produits bio pour vous efforcer de manger bio ou mettre en place un virement automatique de votre compte principal vers un compte d’épargne pour vous efforcer de constituer un fond d’urgence au fil des mois.

La cinquième technique consiste à rendre la tâche réalisable.

Avec ce principe, le célèbre écrivain Anthony Trollope a pu atteindre une performance de 47 romans, 18 ouvrages de non-fiction, 12 nouvelles et 2 pièces de théâtre. Au lieu de mesurer ses progrès en fonction de l’achèvement de chapitres ou de livres, Trollope mesurait ses progrès par incréments de 15 minutes. Cette approche lui a permis de ressentir des sentiments de satisfaction et d’accomplissement toutes les 15 minutes tout en continuant à travailler sur l’écriture de son livre. Cette technique, qui consiste à se fixer de petits objectifs réalisables dans le temps voulu, semble être une solution pour l’incohérence temporelle évoquée précédemment.

La sixième et dernière technique consiste à créer l’urgence.

Il s’agit principalement d’utiliser quelques techniques de gestion du temps comme “Pomodoro” qui implique de travailler sur vos tâches pendant une durée définie et de faire une courte pause avant de recommencer à travailler. Cela pourrait créer en vous l’urgence qui vous conduira à réaliser la tâche que vous voulez accomplir.

[…]

Bien que ces quelques techniques anti-procrastination aient pu résoudre le problème de procrastination de beaucoup de personnes, ils constituent des solutions de pansement, mais ne résolvent pas une vie de paresse.

Si vous êtes comme la plupart des gens, vous finirez un jour ou l’autre par ressentir la procrastination dans votre quotidien.

Quelle est alors l’astuce pour surmonter cette vie de paresse ?

Comme vous l’aurez constaté, l’une des principales raisons qui nous poussent à tergiverser repose sur notre identité. Nous évitons de faire certaines choses, car d’une certaine manière, elles menacent de contredire les croyances que nous avons sur nous-mêmes.

C’est comme un écrivain qui tergiverse d’écrire un article parce que la possibilité d’un échec menacerait sa croyance d’être intelligent et capable de tout, ou un étudiant qui refuse d’étudier parce que cela remettrait en question sa croyance d’être un mauvais garçon, ou encore un entrepreneur qui refuse de recourir à des services externes, car cela menacerait sa croyance d’être assez intelligent pour faire le boulot tout seul.

Tant que nous ne changeons pas notre façon de nous voir et de ce que nous croyons être, nous ne pouvons pas adopter les décisions et les comportements que nous passons autant de temps à éviter.

Je vous donne un exemple.

Il y a quelque temps, quand j’essayais d’écrire un article, je me répétais quelques discours positifs dont vous avez probablement entendu parler :  « Allez ! Tu peux le faire. Tu es assez intelligent pour y arriver. »

Sans m’en rendre compte, je rendais la tâche beaucoup plus complexe, car toute action que je prenais menaçait cette croyance d’être une personne intelligente. Je passais alors 30 minutes à reformuler une phrase dont je ne serais jamais satisfait. L’écriture de l’article devenait de plus en plus difficile que je finissais par diriger mon attention vers autre chose.

L’astuce pour surmonter une vie de paresse consiste alors à vous redéfinir de la façon la plus banale et la plus large possible. Cela signifie souvent de renoncer à des idées grandioses et agréables sur vous-même comme le fait de croire que vous êtes très intelligent, ou spectaculairement talentueux, ou incroyablement unique, car en réalité, vous n’êtes qu’un humain comme tout le monde.

Lorsque l’écrivain admet qu’il n’est peut-être pas le prochain Shakespeare, il se retrouve alors libre d’écrire comme il le souhaite et pourra probablement devenir le plus grand écrivain de tous les temps.

Lorsque l’étudiant admet qu’il n’est peut-être pas un mauvais garçon, il se donne alors le droit d’être à nouveau ambitieux dans ses études.

Lorsque l’entrepreneur admet qu’il n’est pas aussi intelligent que ce qu’il croit, il n’aura aucune raison de se renfermer sur lui-même dans son entreprise.

Cela consiste à comprendre la notion d’absence de « soi » pleinement présente chez les bouddhistes. En fait, ils affirment que votre soi-disant « soi » n’existe pas en réalité, car ce que vous pensez être est construit tout au long de votre vie selon un tas de choses arbitraires [1]. Cette idée vous piège alors tout au long de votre existence, vous faisant croire qu’il y a des choses à faire et d’autres à ne pas faire. C’est pour cette raison qu’il va falloir vous redéfinir de la manière la plus large possible pour éviter de tomber dans ce piège d’identité rare qui vous poussera à reporter constamment les choses qui comptent réellement pour vous.

Maintenant, foutez le camp d’ici : il y a une tâche qui vous attend.

Notes

1- Chris Niebauer, Phd. (2019). No Self, No Problem: How Neuropsychology is Catching Up to Buddhism.

2- Joseph R. Ferrari, Dianne M. Tice, Procrastination as a Self-Handicap for Men and Women: A Task-Avoidance Strategy in a Laboratory Setting, Journal of Research in Personality, Volume 34, Issue 1, 2000, Pages 73-83, ISSN 0092-6566,

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